Début février, les pierres qui roulent donnaient le coup d’envoi d’une tournée en Amérique latine. L’occasion pour MusicSBL de revenir sur plus de cinquante ans de tournées aussi bien dans les bars que sur les plus grandes scènes du monde, faisant des Rolling Stones Live une véritable institution.

The Rolling Stones Live Amérique Latine

Depuis juillet 1962, le groupe formé à Londres ne cesse de voyager aux quatre coins du monde pour enchaîner les tournées fleuves. Ils ont même joué devant les Beatles à leurs débuts. Comme quoi, vraiment tout le monde a une fois au moins approché cette machine de scène. En tant d’années, restent tout de même quelques interrogations qui entretiennent la légende : « Que s’est-il passé au Speedway d’Altamont en 1969 ? », « Comment un groupe est-il capable de composer Gimme Shelter sans pour autant savoir l’interpréter correctement sur scène ? »… La liste est longue. Aussi longue qu’assister à un concert du groupe est un événement qui fédère autour de quatre garçons qui ont su créer l’événement à chaque rythme de batterie.

Au début, et même si nous sommes loin des concerts dans des stades, les Rolling Stones font déjà parler d’eux. Émeutes, incidents, heurts ou parfois même décès font partie du champ lexical des concerts du groupe. Entre concerts en Europe et aux Etats-Unis, ils commencent peu à peu à se faire un nom et une réputation pas toujours glorieuse. En parallèle, à partir du milieu des années soixante, leur musique en studio devient de plus en plus complexe, leur son plus chaud… 1969 marque alors le tournant pour les Stones. La formation emmenée par Jagger et Richards est alors introduite régulièrement sur scène comme étant « le plus grand groupe de Rock’n’Roll du monde ». Alors que sont sorties des pépites comme « Aftermath » ou « Beggar’s Banquet », le groupe pose les bases. Il invente littéralement une façon de jouer du Rock’n’Roll et du Blues sur scène. Le tout sera immortalisé dans un des trois plus fameux albums de l’Histoire du Rock en septembre 1970 « Get Yer Ya-ya’s Out ! », dont le titre et la pochette amuseront des générations de fans. La version de Sympathy For The Devil étant considérée comme le morceau contenant le plus grand solo de Blues Rock de tous les temps, avec un échange Richards-Taylor des plus incandescents : simple et habité !

La messe est dite… La suite reste dans la même veine avec des concerts où les fulgurances et les morceaux de bravoure sont monnaie courante. La tournée au Royaume-Uni en 1971 est un franc succès malgré les excès. Le Marquee Jazz Club accueille alors un groupe au sommet de son art. Mais, comme toute bonne chose a une fin, les ennuis commencent à partir de 1972 pendant la tournée américaine où les concerts sont catastrophiques, les membres du groupe étant parfois trop imbibés pour tenir la distance. L’ambiance est à l’autodestruction en quelque sorte comme nous pouvons le voir dans un reportage tristement célèbre mais terriblement pédagogique sur la vie en Rock : « Cocksucker Blues » ou Le Blues des suceurs de bites. Il faut donc se reprendre pour le groupe qui, malgré tout, parvient à sortir d’excellents albums. Les concerts demandent de plus en plus de travail à un groupe qui oscille entre excès et conneries en tous genres ; les hôteliers ont dû apprécier…

1975 est donc le retour au calme, en apparence, certes, avec le « Tour Of Americas 75 ». Malgré plus d’une quarantaine de dates au cordeau, le groupe est en pleine tempête, notamment avec Keith Richards qui fait tout sauf s’assagir. Point d’orgue 2 ans après où, pendant un passage au Canada, ce dernier a quelques mésaventures avec le gouvernement. Allez savoir pourquoi… Le résultat de toutes ces aventures est un de leur plus beaux albums live : « Love You Live », qui rassemble le meilleur de deux années de concerts entre les Etats-Unis et l’Europe. La crème de la crème pour environ 40 Francs à l’époque de leur passage aux Abattoirs en 1976. Oui, seulement !

The Rolling Stones 1978

Comme c’était le cas pour la plupart des plus ou moins grands acteurs du Rock, les années quatre-vingt sont un passage durant lequel les Rolling Stones sont moins médiatisés, d’autant plus que le groupe est emprunt à des problèmes internes assez extraordinaires : Keith Richards et Mick Jagger ont de sérieux conflits. Le premier appellera ça La troisième guerre mondiale. Rien que ça…

Pourtant, sur scène, la décennie commence sur les chapeaux de roues avec, entre autres, des shows toujours plus audacieux et techniquement au-dessus de ce qui se fait alors à l’époque : scènes géantes, effets lumière et pyrotechnie sont de rigueur. C’est déjà la dixième tournée américaine pour le groupe… Assommant. À partir de 1985, les affaires sont plus compliquées, comme nous le disions précédemment, puisque Ian Stewart, cofondateur du groupe et pianiste, décède la même année. Le groupe endeuillé rendra hommage à leur copain un an plus tard avant de se laisser porter par les vagues du temps. Pour certains membres, c’est une mini descente aux enfers qui commence, accompagnée comme il se doit par des personnes peu fréquentables (Jack Daniel’s et sa bande…). C’est sans compter sur la motivation de Mick Jagger qui, grâce à sa force de persuasion et son talent à gérer les affaires courantes, propose aux membres du groupe de se retrouver sur scène : l’été 1989 est celui du retour, l’album « Steel Wheels » voit le jour alors que la tournée du même nom est annoncée. Elle débute très rapidement dans un fracas détonnant.

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Les Stones tentent toujours plus de choses pendant ces années où tout leur sourit. Ils travaillent autant à donner aux fans des chansons connues mais également des titres moins joués. Le grand boulot du groupe est de toujours surprendre comme c’était le cas dans les années soixante à leurs débuts. Il s’agissait de construire une réputation, de la détruire, puis de la reconstruire autrement, toujours dans la surprise. Depuis plus de 50 ans, le groupe a su imposer ce rythme à tous les fans du monde entier. C’est la caractéristique majeure des tournées durant les années 90. La clé du retour au succès. Par exemple, le groupe surprend en se rendant pour la première fois en Amérique centrale et en Amérique du sud et parfait son tour du monde en allant même jouer en Nouvelle-Zélande… Finalement, ils seront donc allés partout. La tournée Bridges to Babylon rassemblera plus de 4,5 millions de spectateurs, pour des recettes record à travers 108 shows dignes des heures fastes de Babylone à son apogée… Cette tournée est peut-être à ce jour encore une des plus grandioses que le groupe ait produites.

Le début du 21ème siècle est prometteur avec le « Licks Tour », et en 2005 la sortie de l’album « A Bigger Bang » déchaîne les fans du monde entier. Internet est la cause de plusieurs records de remplissage de salles à travers le monde lors de la mise en vente des billets de la tournée du même nom. Cette tournée est d’ailleurs celle pendant laquelle des concerts seront annulés à cause de Keith Richards, encore lui, tombé d’un cocotier pendant un déplacement aux îles Fidji entre deux dates. La vie en Rock ! Il en faut peu pour arrêter le groupe qui repart sur les routes. Point d’orgue de cette tournée immortalisé au Beacon Theater de New York City en 2006, sous le regard de Martin Scorsese, un des plus grands fans autoproclamés du groupe.

Aujourd’hui, le groupe roule toujours des mécaniques. Il continue de parcourir la planète sans avoir de pareil puisque personne ne jouera plus jamais du Rock sur scène comme les Rolling Stones l’ont fait jusqu’à maintenant. Les cinquante ans de carrière ont été fêtés en grandes pompes pendant la tournée « 50 & Counting » à Hyde Park en 2013. Rappelons-le, en 1969, deux jours après le décès de Brian Jones, le groupe jouait déjà un grand concert dans ce lieu. Le symbole est fort, très fort par rapport à l’immensité de leur carrière. Un show qui est d’autant plus mythique puisque Mick Taylor, qui avait fait son premier concert avec les Stones ce 5 juillet 1969, est de retour pour jouer aux côtés de Jagger et compagnie sur deux titres, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Midnight Rambler et de Satisfaction. Il en profite au passage pour mettre une claque sympathique à Ronnie Wood, rappelant qu’il n’a jamais cessé d’enflammer le Blues sur sa Gibson. Un très grand moment !

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En cette année 2016, nos papys du Rock, comme il convient parfois de les appeler à tort, créent l’événement en jouant 14 concerts en Amérique latine, pour ce qui était annoncé comme étant plus qu’un retour en force après plus de 20 ans d’absence, mais surtout comme une de leurs plus belles tournées, aussi bien visuellement que musicalement, et ce malgré la perte, il y a peu, de leur saxophoniste Bobby Keys… La musique a donc été le carburant de bientôt 55 ans de concerts ! 55 ans de compositions, de clashs, de beuveries, de voyages, de coups foireux, de fumisteries en tous genres… Le nombre est juste impressionnant. Comme un mariage, comme une famille, The Rolling Stones ont passé toutes ces années à se supporter, à se détester, à se faire détester, à se faire aimer par le public qui ne semble jamais déçu de voir un tel phénomène sur scène. Plus fort encore, ils jouent à Cuba ce vendredi 25 mars. Précisons que depuis l’annonce historique fin 2014 du dégel entre Cuba et les Etats-Unis, la musique Rock est la bienvenue sur le territoire cubain. Le concert, gratuit, qui a lieu à La Havane nous apparaît comme étant déjà aussi merveilleux qu’immense en tous points. Pour terminer et pour résumer cette plongée dans l’océan live des Rolling Stones, nous n’avons pas trouvé mieux qu’un des principaux intéressés pour en parler :

« La tournée a été sauvage. Des filles, de l’alcool, tout ce que vous voudrez. Même du Rock and Roll. »                      Mick Jagger

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