Le nouvel album “Jongando” de Catia Werneck  est une invitation au voyage vers les contrées lointaines et exotiques du Brésil. Une exhortation à la culture et l’histoire, en ce pluvieux et grisâtre mois de Janvier. Les premiers mots en portugais et les rythmes polyrythmiques des instruments nous transportent dans les bars et les places de Rio où l’on imagine une foule dansante, célébrant la vie, la musique et le jongo.

Ce genre musical, traditionnellement originaire du Sud du Brésil, s’illustre d’abord dans les communautés noires d’esclaves par la danse. Transmis par la descendance, les années 90 voient un regain d’intérêt pour ce style, souvent associé à la samba. Catia Werneck, dans un désir de partage et de connection, racontera à son public du Duc des Lombards, l’évolution du Jongo en deux branches, d’un côté, la musicale de Rio de Janeiro et de l’autre, la dansante du Nordeste.  

Le soir du 19 janvier, Catia Werneck fait honneur au Jongando, accompagnée d’Anthony Jambom à la guitare, Juan Sebastien Gimenez à la contrabasse, Cirilo Fernandez au piano et Lukmil Perez à la Batterie. Prenant les sentiers battus pour s’éloigner du jazz et de la bossa propre son précédent album Tudo Bem (2014) , elle choisit de revisiter dans son nouvel album, sorti le 14 avril 2017, ce style traditionnel proche du funk carioca, pour le remettre au goût du jour et de la modernité.  

L’élégance et la sensualité de la chanteuse ne manque pas de charmer le public, entraîné sur le rythme complexe de la batterie, qui de part sa prouesse est parvenu a remplacé les 9 percussions initialement prévues.

De sa voix chaude, l’élégante et sensuelle Catia Werneck incite à la rêverie dans un festival de notes et de sons. Le ton est à la fête sur les titres d’ »Opçao de vida” et “Carta do Ze”. La chanteuse se trémousse sur la scène en affichant son sourire le plus éclatant. Son énergie est envahissante et les visages enivrés par cette vitalité débordante et généreuse.

La joie, ne pouvant se départir de quelques formes de tristesse, se doit de nous renvoyer vers la mélancolie de “30 Anos”. Cette chanson fait référence aux nombreuses années que la chanteuse a passée loin de son pays natal. Avec humour et modération, Catia nous dira que “certes, la politique au Brésil, ça ne va pas très bien, mais malgré tout, les gens vont bien”. Elle ne manquera pas de rendre hommage à son pays d’accueil, où elle y a mis coeur et travail pour y forger sa carrière, sur la reprise des “Coeurs Tendres” de Jacques Brel. Qui aurait pu imaginer une association aussi harmonieuse entre la musique traditionnelle brésilienne et la poésie de l’iconique artiste français?  Un mélange doux et personnel, qui bercera les spectateurs plongés une méditation heureuse.

La cadence s’accélère à nouveau sur “ Rosario De Maria Jongo” et “Viva Eles”, où l’on salue la performance des musiciens, qui s’adonne l’un après l’autre à des improvisations techniques. Comme séparés du public profane par un mur invisible, ils sont absorbés dans leur transe musicale.

A la fin de la fête, il nous est difficile de repartir vers le réel et l’ordinaire. Catia Werneck promet de futures belles rencontres et on s’envolerait bien vers ses terres plus ensoleillées…