Le Zénith s’est déjà bien rempli lorsque le Scratch Bandit Crew monte sur scène pour lancer la première partie. Si la fosse est un peu timide au début, elle se laisse finalement convaincre aux sonorités variées que propose ce duo très prometteur. Leur remix de “Break Ya’ Neck” de Busta Rhymes achève de persuader et les applaudissements résonnent dans la salle comble.

Il est difficile d’attendre pendant une demie heure ensuite, tant on aurait souhaité que le show continue directement après cette excellente introduction. C’est finalement autour de 21h10 que toutes les lumières s’éteignent. Le public frémit. Le silence de l’impatience devient assourdissant. Quand d’un coup, un grand écran s’illumine et les première images du clip de « Shikantaza » apparaissent. Le trio aixois Chinese Man composé de Zé Matéo, SLY et de High Ku reste dans l’ombre durant tout ce premier morceau qui s’avèrera être une très bonne rampe de lancement pour les deux heures de ce show effréné et époustouflant qui commence.

Dès la deuxième performance, le duo A State of Minds et Youthstar entrent en scène et lancent pour de bon la fête. Les titres s’enchaînent avec perfection et fluidité. Les rappeurs gravitent autour des platines du trio de Chinese Man en balançant leurs flows effrénés, le tout avec une coordination impeccable. Les lumières sont aveuglantes. Le son tonitruant. Cette démesure est étourdissante et la salle entière est en transe.

Le psychédélique “Golden Age” semble avoir arrêté le temps. A l’écran, l’explosion en boucle d’un supermarché s’affiche comme une libération à l’infinie. “The New Crown” nous amènera sur scène l’extraordinaire Taïwan MC, artiste bien connu du label qui a collaboré sur bon nombre de titres, notamment “Miss Chang”, qui sera interprété à la fin. Au milieu de tout ce faste, “Get Up” et “I’ve Got That Tune” passeraient presque inaperçus (presque hein, n’exagérons rien quand même).

Les violons et violoncelles du Quatuor Elixir accompagnent certaines chansons (comme “Step Back”) et matérialisent la petite touche de classique sucrée de ce cocktail explosif fait d’électro, de jazz, de funk, de rap et de reggae. Ajouté à cela, une bonne dose de Soul et de R’n’B à l’arrivée sur scène de Mariama pour interpréter “Stone Cold”, le mélange est addictif.

Dans la spacieuse salle du Zénith de Paris, les MCs réussissent à créer la proximité et à emballer le public, conquis et lancé dans une danse folle. Après l’habituel rappel à la fin du concert, une chanson ne suffira pas pour satisfaire la salle bouillonnante. Les musiciens remonteront tous sur scène pour en interpréter trois autres, notamment « Worldwide », pour le plus grand bonheur des spectateurs, mais aussi pour le leur.

Shikantaza, c’est une association de styles, de genres et d’influences venues d’Asie et d’Orient. C’est aussi l’excès et le gigantisme, où l’on peut se permettre de faire venir des acrobates et des danseurs talentueux! Ce concert n’était pas que celui de Chinese Man. C’était celui de tous les talents de leur label indépendant, qui mérite de perdurer pour nous faire revivre des soirées aussi intenses que celle-ci.