En voyant Courtney Barnett pour la première fois, plusieurs impressions et adjectifs viennent à l’esprit : décoiffée, sapée à la va-vite, nonchalante, timide, voire une peu gauche. Le décalage évident avec les artistes tendances du moment saute au yeux. La plupart, certes, puisent leur inspiration des années 90 ou autres styles « vintages ». Mais la jeune australienne réussit un mélange bien dosé de rock des années 60, de garage rock des années 70, de punk des années 80 et de grunge des années 90, aux confluents de Patti Smith et de Lou Reed. Et il faut le dire, ça fait du bien.

Peu loquace, elle joue d’abord l’intégralité de son dernier album « Tell me how you really feel », sorti en 2018 sous le label Milky Records (crée par elle-même en 2012), avant d’offrir à son public un ensemble de ses meilleurs titres. Dans un professionnalisme décontracté, elle chante d’une voix traînante sa vision mélancolique et sarcastique de la vie, plus précisément, celle d’une trentenaire aux airs d’adolescente encore mal assumée et prise aux doutes… la sienne quoi. Sans prétention aucune, ses morceaux évoquent des sujets personnels, mais aussi actuels à propos du machisme (la chanson « I’m not your mother, I’m not your bitch » en est un exemple sauvage et enragé), l’individualisme exacerbé de notre époque (« Nameless, Faceless »), l’invisibilité… autant de thèmes qui expliquent un malaise chez la jeune femme,souvent réduit à son manque de confiance en soi.

Il s’agit, en fait, pour l’artiste tiraillée par sa sensibilité aiguë, de pouvoir mettre les bons mots sur ce flot d’émotions. Mais, au final, comment trouver les bons mots pour les exprimer avec justesse? Cette frustration n’empêche pas pour autant de remarquer une libération évidente de l’expression dans ses titres les plus récents. De cet inassouvissement, elle tire sa force, mais semble s’épuiser en même temps. L’essence de sa musique réside dans la profondeur de ces questionnements, sans pour autant tomber dans le pathos du folk languissant. On est quand même loin du folk doux guitare-tabouret (même si la chanteuse dispose de quelques balades dans son répertoire).

Courtney Barnett, de sa voix saturée et à l’allure délicieusement sauvage, laisse une impression forte sur la scène du Bataclan, baignée de lumières vives et primaires. Un aspect burlesque et théâtral qui s’accorde bien avec l’énergie puissante de la chanteuse, accompagnée de sa troupe de musiciens, dont notamment Bones Sloane à la basse et Dave Mudie à la batterie. Courtney Barnett domine la scène et subjugue son public, ravis. On ressort de ce concert étonnamment apaisé, le sentiment satisfait d’avoir assisté à la performance d’une artiste unique dans la galaxie des musiciens de notre époque.