Le visage fardé d’un élégant maquillage et parée d’une très belle robe, Jazzmeia Horn fait une entrée timide sur la scène du Duc des Lombards. La jeune artiste paraît presque stressée ou tout du moins extrêmement concentrée. Les premières notes de « Tight », une reprise d’un classique de la grande Betty Carter la plongent dans son élément. La transformation qui s’opère devant nos yeux est remarquable, sa présence et son aura se diffusent dans la salle et bientôt le public se retrouve captivé, presque prisonnier par le charme de la jeune artiste.

Jazzmeia Horn est accompagnée de 3 musiciens sur scène : Geraud Portal à la contrebasse, Karim Blal au piano et le génialissime Henry Conerway III à la batterie. Pas de cuivres cette fois (ils sont présents sur son maxi « A Social Call ») mais cela n’enlève rien à la beauté des compositions au contraire. Elles y gagnent une forme plus épurée, mettant en valeur son timbre.

Son deuxième morceau « East of the sun » poursuit cette effet apaisant, la chanteuse texane psalmodie des paroles entêtantes. Jazzmeia Horn s’efface ensuite afin de laisser s’exprimer le talent de ses 3 accompagnants, tous d’incroyables virtuoses de leur instrument. Parfois en solo, le plus souvent ensemble, les trois musiciens font admirer avec brio leur sens du rythme, leur profonde connaissance de la musique jazz et leur capacité d’improvisation.

La chanteuse reprend ensuite le micro et le show peut continuer. Échauffée, elle lâche sa voix « I remember you » avant de proposer un petit jeux musical à l’audience qui il faut bien le dire n’est pas au top de sa forme.

Un peu plus tard dans la soirée, Jazzmeia Horn nous gratifie d’un petit discours sur la démarche sociale de son album et les convictions qu’elles a voulu transmettre à son public. Elle explique comment cela ne l’intéresse pas de faire une musique déconnectée des enjeux de société contemporains. Elle parvient à joindre réflexion sociale et beauté dans sa musique, ce qui la rend d’autant plus forte. La fin de « Don’t you cry » est presque un slam, et les mots lancés évoquent pêle-mêle l’esclavagisme, racisme, douleur et joie. Une rébellion sociale et historique qui trouve une résonance dans son morceau. Les paroles « Little boy don’t you cry, coton exist no more » se passe de traduction.

Jazzmeia Horn s’offre ensuite un solo d’une merveilleuse beauté, seulement accompagné par Karim Blal au piano. La reprise de « The peacocks », une chanson d’un classique de Jimmie Rowles & Stan Getz est saisissante d’émotion.

La fin de la soirée se poursuit, toujours avec cette sensation de bien-être que seul le jazz est capable de procurer. On ressort du Duc des Lombards le sourire aux lèvres et l’esprit encore merveilleusement enamouré du jazz et de son expression terrestre du soir : la grande Jazzmeia Horn.