Référence d’un jazz innovant et éclectique depuis plus de 20 ans, le saxophoniste américain Joel Frahm multiplie les collaborations et s’entoure constamment de nouveaux musiciens (Betty Carter, Kenny Barron, Freddy Cole, Bill Charlap, Brad Mehldau, Matt Wilson entre autres) pour mieux se réinventer. Accompagné de Ernesto Cervini à la batterie et de Daniel Loomis à la contrebasse, le fringant quinquagénaire nous a offert une cure de jouvence au Duc des Lombards.

Pour démarrer son set, Joel Frahm se lance dans une composition qu’il à achevé il y a quelques jours seulement et dont le trio révisait encore la partition quelques minutes avant le début du concert. Les musiciens trouvent rapidement ses marques et leurs instruments s’accordent et se répondent.

Le trio nous fait découvrir certaines de ses compositions originales. Composé par Ernesto Cervini, « Silk Road » débute en toute légèreté, vaporeux et apaisant, avant de se transformer, hybride et victime des expérimentations de son auteur. Un morceau qui se rapproche autant du blues que du jazz, et qui offre à Joel Frahm la scène dans un solo qui redonne ses lettres de noblesse au saxophone, un instrument qu’on a trop peu souvent l’occasion d’apprécier.

Avec le magnifique et mélancolique « Spring can really hang you up the most », grand classique du jazz, interprété notamment par Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan ou Chet Baker en leur temps, le trio démontre son impeccable capacité d’exécution sublimé par l’émotion qu’ils y investissent.

Joel Frahm ne ménage pas sa peine au saxophone. Des gouttes de sueur commencent à perler sur ses tempes alors qu’il entame « I am old fashioned ». Son saxophone, autoritaire et conquérant résonne avec majesté. Satisfait de sa performance et de l’admiration concentrée du public, il ponctue sa prestation d’un large sourire, prélude à une fin de concert plus libérée.

Pour conclure, le trio nous interprète un morceau composé par Joel Frahm pour le contrebassiste israélien, Omer Avital. Formidable déluge jazzesque qui s’abat en trombe et parachève un concert magistral.