Ryan Karazija entame le concert par son célèbre titre « I’ll keep coming ». Tout se déroule normalement. L’artiste transporte la salle de sa voix claire et douce, enveloppée par un effet de réverbération. L’ambiance est au recueillement, alors que le jeu de lumière vient renforcer cette impression.

Tantôt il semble nous emmener dans une ambiance froide et hivernale. On entendrait presque le souffle du vent caresser les plaines désertes de l’Islande. Tantôt ses notes féériques semblent nous compter une histoire et plongent l’auditoire dans une torpeur contemplative. Dans la même lignée que le premier album “Low Roar”, les nouveaux morceaux de “0” évoquent une nature à la fois rude, mais apaisante. La composition reste un mélange de sonorités douces et mélodieuses, laissant transparaître la touche mélancolique de l’artiste, déclinée avec plus ou moins de force et de puissance selon les titres.

Alors que la tension monte progressivement, que le public est peu à peu exalté par « Nobody loves me like you »… la musique s’arrête brusquement. L’ingénieur bondit de sa chaise et l’équipe technique s’empresse de maîtriser le problème, tandis que les spectateurs dans la salle sont sonnés, brusquement retirés de leur rêverie. Pendant plusieurs minutes, le son semble continuer à résonner dans l’espace creux de la salle parcourues de murmures. Les gens dédramatisent la situation en plaisantant. Peut-être que c’est la puissance de la sono qui a fait sauter les plombs de la salle? En même temps, Ryan Karazija était en train de nous emporter tellement loin.. Mais, on se doute bien que la situation est anormale pour une salle comme celle du Point Éphémère.

Le concert aurait pu s’arrêter là. Fini les petits effets de lumière et les gadgets servant à moduler voix et sons. Mais le chanteur, aussi désemparé que son public, va sauver la situation et transformer avec le seul instrument qui lui reste (sa guitare) la soirée en acoustique session.

Low Roar

Évidemment, le rendu n’est pas le même. En l’espace de quelques instants, on passe de l’artiste de musique à tendance expérimentale, mélangeant rock indé et électro, au chanteur folk, mélancolique (encore plus) et romantique. Mais l’avantage d’une telle expérience, c’est qu’on perçoit avec évidence le travail prodigieux qui a été fourni pour chaque morceau, pour chaque associations de sons. L’artiste a fait une véritable recherche derrière chaque titre pour les modeler à sa guise et en faire ressortir les émotions et les sons qu’il voulait. Le titre “Dreamer”, certes très acoustique à l’origine, adopte ce soir là une allure différente, plus pure et aérienne.

Finalement, il aura quand même eu le temps d’interpréter sous leurs versions originales ses titres les plus connus tels que “Tonight tonight tonight” ou “Patience”.  Ce concert marque par l’incident technique (assez rare quand même) et l’originalité de cette dualité qui permet de révéler le talent à l’état brute de Ryan Karazija. Pensée émue pour l’ingé son, qui a du passer un sale moment quand même.