L’air moite de la salle s’agrippe à ma peau. Chacun cherche le meilleur angle de vue pour mieux voir la scène. Une fille à ma droite me bouscule pour se rapprocher et ne pas finir derrière un des piliers porteurs de la grande pièce. Chacun guette la petite porte située en contrebas de la scène, d’où sortira quelques minutes plus tard les frères Smart et le batteur Jesse Barrett.

Un homme à la barbe fournie, suivi de deux autres, apparait enfin. La foule, impatiente, les observe s’installer. Une mélodie s’échappe du piano et hypnotise en peu de temps la salle. Les notes remplacent les mots pour exprimer l’altération des sensations diverses. Le spectateur se laisse alors porter au gré des fluctuations de rythmes, tantôt vers un accélération crescendo, tantôt vers une lente régression. La frénésie de la portée est vite remplacée par le calme d’une mesure.

Si, aujourd’hui, le jazz intéresse moins, trop souvent relégué aux placard des tendances musicales qui ont fait leur temps, il ne fascine pas moins pour autant. Mammal Hands parvient certainement à redonner goût pour ce genre et à continuer de séduire son public au fil des albums (Animalia (2014), Floa (2016), Shadow Work (2017) ). Chaque morceau est suffisamment long pour nous plonger dans une légère transe, dont on ressort médusé. L’effet sonore crée à partir de coquillages rassemblés en grappe participe à consolider l’imaginaire dans une ambiance mystique et transcendante. 

Un frisson me parcourt alors que les baguettes/balais effleurent les cymbales. « Quiet Fire » nous submerge dans un tourbillon de sons et de notes. Envoûtant, « Hillum » et « Hourglass », donnent l’impression de flotter et de se perdre dans la circularité sans fin du rythme en boucle. Un équilibre savant est pourtant préservé, pour ne pas laisser l’ennui envahir les spectateurs. Un style musical propre au groupe, mais qui devra tendre vers des chemins plus périlleux, au risque de sortir des sentiers battus. En me dirigeant vers la sortie, je réalise dans un mélange de surprise et de déception que le concert fut trop court….