Après la première partie de Olivier Saint-Louis, le public échauffé trépigne d’impatience dans l’attente du grand Oddisee. Il entre en scène. La salle tamisée du sous sol de la Bellevilloise est noyée sous une nuée d’applaudissements, de cris et de sifflements. On le reconnaîtrait entre mille: il est à la fois un rappeur de la street, pur cru de Washington DC et hériter des MCs du district de Columbia, de Virginie et du Maryland et à la fois un jeune branché, dandy de notre temps, affublant ses larges lunettes rondes qui, comme un filtre, lui permettent de poser un regard critique sur la société.

Ce style, on le retrouve immédiatement dans sa musique. Un flot de paroles se déverse sur fond acoustique exigeant et mélodieux. Oddisee & Good Compny, c’est une histoire qui remonte au temps de l’album Tangible Dream. Entouré de Olivier Saint Louis aux vocalises et à la guitare, de Dennis Turner à la basse, Ralph Washington au synthé, Jon Laine à la batterie et Richard Patterson aka The Unknown au MPC, Oddisee & the Good Company flirtent avec le jazz, l’électro, le funk ou encore, des sonorités plus Rock’n’Roll.

Ensemble, ils n’hésitent pas à jouer sur la proximité avec le public. Oddisee a l’humour acerbe, le sourire au coin des lèvres et le rire franc. Plusieurs fois, il incitera son auditoire, captivé, à le suivre sur les refrains de “That’s love”, “You know who you are” ou “Never Not Getting Enough (NNGE) » dans un final triomphant. Alors, certes, on ne comprend pas toujours tout ce qu’il dit. Il faut dire qu’il parle aussi vite qu’il ne rappe. Mais, pas besoin d’être parfaitement bilingue pour comprendre l’émotion qu’Oddisee & Good Compny cherche à nous transmettre. Les mots et les notes frappent justes là où il faut.

Le groupe n’oublie pas de nous jouer les dernier titres phares de l’album The Iceberg  tels que “Like Really”, “Holding Back” ou “Rights & Wrongs”. Dans un élan fulgurant, le pianiste se jette aux côtés du rappeur pour venir l’accompagner à la voix et nous dévoiler ses pas de danses effrénés à en faire trembler la scène. La salle du sous sol de la Bellevilloise semble alors trop exiguë pour retenir toute l’énergie bouillonnante qui s’en dégage. “Do it all” ou encore “Yeah & Nah” voient presque un projecteur se décrocher du bas plafond, le rappeur manquant à plusieurs reprises de taper dedans en sautant.

Tous les jours, on assiste à la naissance de nouveaux rappeurs, de nouveaux talents, dans la rue, les cafés, les bars ou les salles de concerts. On pourrait se demander, qu’est ce que c’est qu’être rappeur aujourd’hui? L’objectif du rappeur est-il de se faire de la tune? Suivant le modèle de réussite de Jay-Z. Quel sens doit-il donner à sa musique? Peu importe, finalement, nous montre ce soir-là Oddisee. Il faut surtout se lâcher, ne pas se restreindre à des considérations trop terres-à-terres, mais plutôt, se laisser guider par son désir de créer du bon son et de le partager avec son public.

Oddisee est une figure atypique du rap américain. Il s’inspire de ses prédécesseurs pour les remettre au goût du jour et à l’honneur (ou peut-être que ces sons nous parlent toujours?). Dans un univers, où le rap et le hip-hop se présentent comme un milieu exclusif et fermé qui travaille de nombreux clichés, Oddisee & Good Compny étendent les frontières de ce genre et se concentrent sur ce qui compte vraiment, “what really matters” (rajouter l’accent américain svp).

Au rythme des pulsations, on pourrait continuer à les écouter toute la nuit. Dans un sentiment partagé entre regret et satisfaction, on quitte la salle en espérant les revoir rapidement sur la scène parisienne.