Le Weather festival devient gros, très gros. Assez gros pour que sa programmation « off » finisse par ressembler de plus en plus à un festival à part entière. A quelques jours du début des hostilités, il a décidé de remettre le couvert à l’Institut du monde arabe, comme l’année dernière, pour une soirée plus proche du gala que de la rave.

La soirée se veut sélect’, alors on met son plus beau pantacourt et on se ramène fièrement avec l’une des quelques invitations (aucune vente, la plèbe, elle, aura le droit de twerker durant le « in »). La soirée est divisée en deux parties distinctes : d’abord sera diffusé Man from tomorrow, un film sur, avec et musique par Monsieur Jeff Mills qui nous fait l’honneur de sa présence, puis DJ Deep et Roman Poncet partageront les premières notes de leur nouveau projet (plutôt l’un de leurs nouveaux projets à vrai dire), Sergie Rezza, avant de laisser Pépé Bradock s’installer pour faire vibrer le quai saint-Bernard. Les deux sets seront transmis en direct sur internet. En bref, une soirée entre gens bien pour un gros coup de pub d’un festival qui voit les choses en grand.

Installés dans les jolis sièges en cuir d’un grand auditorium (on vous a dit que ce n’était pas une soirée pour vous), l’un des organisateurs accueille le public en rendant un vibrant hommage à Jacqueline Caux, réalisatrice du film que nous allons voir et « quelqu’un » qu’il « aime beaucoup » apparemment… Un deuxième big-up à Jack Lang, Président de l’IMA, puis le film peut commencer. Volontairement perturbant au début, il n’en est pas moins esthétiquement réussi. Comme souvent avec ce genre de réalisations, certains trouveront que ce film est juste bon à se faire zapper sur Arte à 3h du mat’ ou à être diffusé dans le cadre d’une expo du Palais de Tokyo sur la prétention intellectuelle au XXIème siècle alors que d’autres s’émerveilleront de sa capacité à captiver le regard et à magnifier Jeff Mills sans pratiquement le montrer. Les quelques paroles du DJ de Détroit qui accompagnent la musique n’en appellent pas moins à la réflexion et semblent traduire une vraie profondeur d’analyse sur le sens de sa musique et son art en général. On a envie d’en savoir plus sur l’homme et c’est chose faite quand les lumières se rallument puisque Millsart se décide à monter sur scène. Chose faite ou presque, puisque la traductrice qui l’accompagne gâchera pratiquement l’exercice pour tous en prenant plus de temps que l’artiste dans ses réponses. Au final, Jeffounou n’aura pas eu le temps de s’exprimer autant qu’on l’aurait souhaité, pas aidé c’est vrai par quelques questions du public pas forcément toujours bien senties. Dommage. Mais le DJ a su conforter tout le bien qu’on pense de lui, de sa musique et de la techno de Détroit en deux heures sur nos sièges en cuir (super beaux les sièges, vraiment).

On se décide à passer dans la magnifique salle du haut conseil, au sommet de l’Institut du monde reubeu, pour justifier que la soirée se pose comme étant plus sélect’ qu’un Berghain le samedi à 2h. Le lieu est magnifique et a forcément un impact sur les DJs : on ne mixe pas avec Notre-Dame en arrière-plan comme on mixe ailleurs. Le set de Deep et Poncet montre des sons à la fois très construits et travaillés, mais d’une étonnante naturalité. Les sonorités sont parfois proches d’une inspiration tribale, les tambours remplacent volontairement les kick drums et les mélodies prennent plus de place. Le tout semble parfois un peu timide, le mix est dans la retenue face à un public clairement là pour écouter et découvrir plus que pour danser. L’expérience est agréable sans être transcendante et on reste un peu sur notre faim.
Le temps de prendre des photos du coucher de soleil sur Notre-Dame et de commander une bière au bar installé sur le balcon pour l’occasion et Pépé Bradock prend les commandes. Définitivement tourné vers des sonorités arabisantes (clin d’œil aussi fin qu’une division de panzers à l’Institut qui nous offre son toit…), son mix fait rapidement fuir les plus gros sympathisants des lignes de basse véneres qui insultent les mères et les tympans pour laisser le DJ s’amuser comme un enfant avec ce qui reste du public et de ses réactions. Mais le set peine à décoller au-delà de son originalité et de la surprise qu’il a réussi à créer. Les morceaux choisis semblent laisser peu de place à la capacité d’innovation du DJ et on finit par se résoudre à écouter quelque chose d’inattendu à défaut d’entendre quelque chose d’entièrement cohérent. A placer les DJs sur un piédestal à travers des films diffusés en auditorium ou devant une vue digne d’une carte postale, il arrive que la musique électronique finisse par perdre cette simplicité qui lui donne en grande partie sa valeur ajoutée. Cette année encore, le Weather fera honneur aux musiques électroniques sans aucun doute, mais à vouloir trop leur rendre hommage, il peut lui arriver d’oublier l’efficacité implacable, esthétique et irremplaçable de juste voir un DJ faire danser des gens venus d’abord pour ça…

Pour ça, rendez-vous le 4 à l’Opening du Weather, les gueux.

Credits: Mariana Jack