Sur la scène du Café de la danse, les quatre musiciens de Portico Quartet s’installent. La salle est pleine à craquer et le public s’extasie lorsque résonnent les premières notes de “Endless”, dont le début rappelle Massive Attack.

Le son hypnotisant et intense du hang, joué par Keir Vine, plonge rapidement la salle dans un état de transe. La ligne aérienne du saxophone de Jack Willie apporte aux morceaux un aspect astral. Les puristes du jazz seront peut-être déçus par le saxophoniste qui improvise rarement pour garder un jeu plus pur et minimaliste, tout en s’accordant au hang pour donner aux titres toute leur coloration. En même temps, la contrebasse épuré de Milo Fitzpatrick donne le rythme sur fond de batterie puissante joué par Duncan Bellamy.

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Faisant à la fois écho au jazz classique et à l’électro, le style de Portico Quartet reste indescriptible. Néanmoins, un bel équilibre est préservé. Le groupe ne succombe pas au tout synthétique de la musique électronique grâce à une base acoustique forte. Leur dernier album, Art in the Age of Automation, sorti chez Gondwana Records, laisse même beaucoup de place à l’instrumental, l’électro rajoutant plutôt de la texture aux morceaux.

Pendant la soirée, le groupe ne manque pas d’interpréter “Objects To Place in a Tomb” et “A Luminous Beam” qui transcendent la salle par leurs airs enivrants fortement dosés en sensualité. Oscillant entre calme serein et ardente fureur, les titres présentent souvent une fin abrupte précédée d’un moment de flottement dans lequel on peut facilement s’immerger. Mais finalement, l’ensemble homogène montre peu de risques, car les morceaux, parfaitement calibrés, laissent moins de place à l’improvisation. Toutefois, les possibilités pour un tel groupe d’étendre, par des collages très visuels, les frontières du jazz et autres catégories musicales sont illimitées, voire fascinantes.

Les différentes sonorités, rythmées par de profondes pulsations, évoquent facilement les bruits de la ville. De manière plus globale, les morceaux du groupe décrivent une société dans laquelle tout s’accélère de façon incontrôlable. Frénésie et passion s’entremêlent de manière confuse et harmonieuse à la fois. Le groupe nous rappelle ainsi que rien n’est vraiment lisse et que les émotions ne sont jamais constantes. Portico Quartet s’impose comme un des groupes contemporains qui n’hésite pas à employer les images et les concepts de son époque pour s’inscrire dans son temps.

Petit conseil pour la fin: essayer de mieux calculer sa sortie et son retour sur scène à la fin du concert pour éviter un effet calculé et pressé.