Die Antwoord, ou comment le « zef style » afrikaans souffla à 100 km/h sur le festival de Belfort.

Oubliez E.T. et La Soupe aux choux, Yo-landi Vi$$er et Ninja possèdent le charme intergalactique de deux OVNI qui ne font ni dans la discrétion, ni dans la politesse. Très loin d’eux l’idée de s’excuser de mélanger rap et électro en s’inspirant de leurs meilleures rave parties…

C’est leur « motherfucking Dj », qui fait le premier pas sur scène. Dj Hi-Tek a beau être installé en surplomb, le visage dissimulé sous un masque de singe plus monstrueux que ridicule, impossible de détourner le regard des vidéos pour le moins audacieuses qui sont diffusées derrière lui. Sur l’écran géant s’agitent des personnages de 3D enfantins arborant des appareils génitaux multicolores et disproportionnés. Pas vraiment de quoi s’attendrir mais on se prend à rire devant ce spectacle cocasse ou documentary fiction comme ils aiment à désigner leur travail. On est parés au décollage pour la planète déjantée des « zef cats ».

D’abord méconnaissables sous leurs onesies d’animaux, les deux freaks de Die Antwoord se déshabillent à mesure qu’ils jouent leurs morceaux les plus dépaysants. On a du mal à distinguer Ninja, l’homme-tableau par le nombre de ses tatouages, du reste du décor – sur lequel s’est par ailleurs glissé un petit « Hey Charlie ». Watkin Tudor Jones, de son vrai nom, se déhanche en caleçon sur « Baby’s on fire » pendant que Yo-Landi accomplit un inévitable twerk avec ses danseuses. A force d’injonctions triviales (« I want a big fat juicy African ass », «Fuck your rules biatch»), leur rebellion devient contagieuse. Impossible de résister à l’atmosphère atomique du fatty boom boom qui leur est propre.

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Si le langage hip-hop aux « r » roulés de Die Antwoord est facilement identifiable, le groupe s’adresse directement en français à son public. Et puisqu’ils jouent au pays des « frenchies », les deux aliens se font romantiques. Le rappeur et la chanteuse à la voix de souris déclarent leur amour pour le bizarre, la laideur et l’anormal à travers les titres « Ugly Boy » et « I Fink U freeky ».

C’est une heure et quart plus tard que le show se clôture par une version a capella presque émouvante de « Enter the ninja ». Les hyènes du rap sud-africain prouvent une dernière fois qu’elles n’ont pas froid aux yeux en saluant la foule aux côtés de leurs enfants (Ninja et Yo-Landi sont les parents d’une petite Sixteen, NDLR) qui les ont rejoint sur scène.

Provocation et dédain à outrance n’ont jamais été aussi bons pour le moral.