Cela fait désormais quatre ans que le magnifique fort Punta Christo voit, pour quelques jours en été, sa côte de popularité augmenter. C’est cet endroit idyllique et historique en Croatie qui accueille le Dimensions Festival. Au Dimensions, les festivaliers déambulent librement (ou presque) pendant quelques jours dans les collines croates, au milieu des ruines romaines transformées en scènes.

Au Dimensions, on est prêts à parier que tous trouvent leur bonheur. Axé depuis ses débuts sur les musiques underground, Dimensions est l’endroit de prédilection en Croatie pour apprécier la diversité de l’electronica, les artistes les plus pointilleux de la house, le dubstep le plus deep, sans faire l’impasse sur la drum & bass et autres musiques électroniques. Bien que tout jeune, le Dimensions Festival est déjà très mature.

Cette année, ce sont près de 200 artistes qui sont venus occuper les 7 scènes et la vingtaine de boat parties. Entre les doux remous de ces dernières et les beats posés sur la plage accueillant les beach parties l’après-midi, Dimensions s’est révélé être le festival idéal pour bronzer (ou rougir), chiller et se ressourcer sous le soleil croate.

 

Pour une subtile mise en jambes, le Dimensions a – justement – misé sur Four Tet, Little Dragon et Floating Points, missionnés pour la cérémonie d’ouverture. Celle-ci, qui se déroule chaque année dans l’amphithéâtre romain âgé de 2 000 ans dans la ville de Pula, a permis aux artistes de remplir ladite mission avec brio. Bien sûr, le lieu garantissait déjà une expérience unique et impossible à vivre ailleurs.

Au Dimensions, l’attention est portée aux détails. L’expérience est unique grâce au travail des organisateurs et des ingénieurs, qui portent la plus grande attention à leur environnement. Chaque scène est étudiée et conçu pour faire vivre des moments stupéfiants, que le plaisir soit visuel ou auditif. Le combo éclairages psyché aux couleurs vives et basses assourdissantes grâce aux scènes dispersées dans les recoins du fort est au rendez-vous pour plonger dans un monde parallèle nuit après nuit.

En journée, pour peu que l’on réussisse à se traîner hors de la tente pour trouver une place sur la plage bondée, on y voit et entend entre autres FKJ mixer face à un public qui danse, bronze ou se baigne (voire les trois en même temps).

Petite mention aussi pour la Knowledge Arena, présente pour la deuxième année consécutive, et qui, même si elle est loin d’être sur-fréquentée, est une très bonne idée. Cette grande tente grise un peu futuriste, sponsorisée par CDR, Native Instruments, Ableton, SubPac et Urban Ears, est un espace dédié à la production musicale, à la création et à la conversation avec les artistes. Bien vu.

La Knowledge Arena a ainsi accueilli Georges Clinton, l’un des pères fondateurs de la funk, le temps d’un échange avec Tony Nwachukwu.

« With Funkadelic, we went out of our way to NOT make sense. » George Clinton


The Knowledge Arena: George Clinton par dimensionsfestival

L’une des plus grandes richesses de ce festival est la diversité de ses scènes : le fort comprend différents espaces uniques en leurs genres, particulièrement bien utilisés. Repartis sur les scènes, les artistes et leur univers se fondent parfaitement dans les ambiances et les espaces. Kudos for that.

The Moat accueille une scène et des tours d’enceintes dans les douves du fort, pour être sûr que les basses nous remuent les intestins. Intestins qui, soit dit en passant, ne sont pas ménagés par le junk food à l’anglaise servie durant le festival.

Le gros kif du jeudi soir, c’est le label Hessle Audio qui nous fait profiter pleinement du sound system de The Moat : Ben UFO, Pangaea et Pearson Sound (les 3 fondateurs du label) livrent un set précis et travaillé. Le lendemain en revanche, on est légèrement déçus par Dan Avery, qu’on attendait pourtant. Moins lourd, moins planant que supposé par ses précédents passages en France, le set du jeune Anglais demeure plaisant, mais nous paraît malheureusement un peu fade.

Lorsqu’il nous prend l’envie de changer radicalement de style, direction Mungo’s Arena (scène drivée par Mungo’s Sound System). Lorsque Loefah occupe la scène – sans sa team du DMZ -, il nous fait danser sur son dubstep qui porte clairement sa propre marque de fabrique. La scène underground UK est, une fois encore, dûment représentée.

Pour une ambiance un peu plus « intime », deux petites scènes de plein air, la Garden Stage et Arija Stage, accueillent des artistes plus différents les uns que les autres. Notre gros plaisir de la semaine, c’est Mr Carmack et son set génial de fin de nuit, alliant Future et UK Bass à de la trap bien magnée. Notre grosse déception en revanche, c’est Henry Wu, que l’on sent perdu, hésitant, et qui fait vite fuir son public…

The Void, la scène la plus « classique » – c’est-à-dire qu’elle n’est pas entre quatre murs – permet ce petit interlude disco / funk qui ne déplaît jamais.

The Clearing, première scène au passage obligatoire, est la plus grande de l’enceinte ; et elle accueille les plus grands. Le premier soir, c’est Four Tet qui prend les manettes ; le vendredi, c’est Juan Atkins qui nous envoie en deux temps trois mouvements dans son propre futur, remplacé par un Delano Smith toujours en forme qui nous propose une house particulièrement deep. Enfin, George Clinton, qui est ici à la fois Parliament and Funkadelic, aura réussi à transformer, pendant quelques heures, the Clearing en un immense dancefloor. We needed the funk; we got the funk!

Georges Clinton | © Ross Silcocks / Entirety Labs

Georges Clinton | © Ross Silcocks / Entirety Labs

Mention spéciale enfin pour notre petite préférée, Noah’s Ballroom. Cette petite scène circulaire, d’une capacité de 70 personnes, présente un sound system ingénieusement travaillé pour tirer le meilleur de l’architecture. Noah’s Ballroom est la scène idéale pour finir la nuit. Sur les dernières heures du jeudi soir par exemple, c’est Your Gay Thoughts qui occupe la minuscule scène : les Slovènes nous offrent une transition particulièrement chill et bien appréciée après une nuit énergique, alors que derrière eux, le soleil se lève.

Noah's Ballroom | © Ross Silcocks / Entirety Labs

Noah’s Ballroom | © Ross Silcocks / Entirety Labs

Finalement, le Dimensions, c’est un peu ça : calquer la musique sur le soleil, la faire vivre de jour et la faire survivre de nuit. Allier les basses qui résonnent sur les pierres des vieux bâtiments aux éclairages délirants. Et finalement, on en ressort apaisé, fatigué, mais la tête remplie d’images et de son, et définitivement satisfait.


Réserver pour l’édition 2016 du Dimensions