Dès la parution des premiers artistes de la programmation de Rock en Seine 2016, Massive Attack a d’emblée été propulsé comme la principale tête de gondole de cette édition 2016. Logique lorsqu’on y pense ; poids lourd de la musique électronique, fondateur du courant trip-hop et source d’inspiration pour une multitude de groupes, les Anglais de Bristol n’avaient donc pas le droit à l’erreur devant un public français qui n’a que trop rarement l’occasion de les voir.

Après une arrivée sous les acclamations, le groupe prend tranquillement ses repères, preuve d’une longue expérience. Le démarrage se fait en douceur avec « Hymn of the big wheels » extrait de leur premier opus Blue Lines (1991). Rien de tel pour faire monter en température un public déjà bouillant. Mélange soul trance trip-hop lascif, le morceau instaure un climat transcendant perpétué par les titres suivants « Risington » et « Man next Door ». Il faut attendre le volcanique « Girl I love you » pour que la foule commence à passer dans une autre réalité. Derrière le timbre envoûtant d’Horace Andy, la noirceur et l’oppression explosive qui accablent nos pauvre tympans, couplées au fond visuel en perpétuelle transformation, commencent à apposer leur marque sur nos cerveaux.

© Christophe Crénel

© Christophe Crénel

Les messages futuristes qui s’affichent derrière la scène sont révélateurs de l’ambition de Massive Attack de s’inscrire dans une forme de contemporanéité à laquelle trop peu d’artistes accordent de l’importance. Du burkini aux attentats, en passant par des réflexions sur les technologies et le questionnement sur l’espèce humaine, le groupe anglais et l’artiste 3D (Robert del Naja) proposent un thriller graphique ambitieux et visionnaire. Une réussite à tout point de vue.

© Christophe Crénel

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Le délire atteint son paroxysme sur « Angel », titre phare du groupe et moment incontournable du concert. Les yeux se ferment, les visages se relâchent, les corps ne répondent plus, pris dans une transe incontrôlable et infinie qui se perpétuera jusqu’à la fin du concert. L’arrivée de Tricky (l’un des fondateurs du groupe qui a tracé sa propre route depuis) est accueillie comme il se doit et, le temps d’une chanson – « Take it there »l’ancienne alchimie renaît pour le plus grand plaisir de la foule. Même si elle était plus ou moins annoncée, cette collaboration d’un soir est un bon coup de pub pour la sortie du prochain opus des Anglais. En attendant le successeur d’Heligoland, leur dernier album paru en 2010, on en aura pris plein les mirettes et les oreilles.