Aux pieds de Saint-Cloud, Rock en Seine étend ses belles pelouses vertes qu’on savoure le premier jour avant qu’elles ne se fassent impitoyablement piétiner par la centaine de milliers de festivaliers attendue. Réparti entre 4 scènes et une toute petite pour l’Ile-de-France, Rock en Seine a su s’imposer au fil des années comme un festival majeur français et même international.

Vendredi

Après avoir entamé la journée par le jeune et prometteur groupe d’indie Theo Laurence And The Hearts et les plus tout jeunes mais tout aussi talentueux Strumbellas, Caravan Palace nous a bien mis en jambes, on a virevolter au son endiablé de leur electro swing et grâce à l’exubérance de Zoé Colotis sur scène. Le rappeur Anderson .Paak a ensuite bien tenté de nous sortir de la torpeur ambiante mais son choix de répertoire entre gros rap et petites ballades soul r ‘n’ b s’est révélé en demie-teinte. Mais alors que dire des papys de Brian Jonestown Massacre qui sont venus, ont fait leur set et sont repartis. Anton Newcombe haranguant même la foule avec énervement sur la fin du concert. Sans succès pour un concert sans éclats.

Heureusement qu’ensuite le reggae en provenance de Kingston Jamaica de Damian Jr. Marley est venu égayer la fin d’après-midi. Ses mélodies entraînantes et son talent d’animateur lui a permis de communier avec la foule avec en point culminant une reprise de « One Love » de son père pour un beau moment d’émotion. On s’est pris au jeu.

© Victor Picon

Tout revigoré et le concert à peine fini on a foncé vers la Main Stage pour être aux premières loges du concert des Irlandais du Nord de Two Door Cinema Club et de leur leader Alex Trimble au magnétisme indéniable et à la voix presque androgyne. Avec leur rock générique, aucune surprise mais un bel enchainement de gros tubes et un show sur scène avec des effets de lumières réussis. La soirée a finalement basculée dans l’electro house. Tout d’abord Birdy Nam Nam qui a livré un set dense et intense mais un poil trop impersonnel avant que Breakbot ne conclut ce vendredi de ses mélodies tropicales et ses envolées impertinentes. Une première journée agréable mais sans transcendance.

Samedi

La journée débute avec les australiens de Wolfmother, précédés d’une réputation flatteuse en France. Leur gros son, rock psyché et heavy metal, fait un carnage parmi la foule. Cette dernière devient très dense en ce samedi après-midi et le concert du duo Gringe et Orelsan, les Casseurs Flowters ne déroge pas à la règle. Sur un fond hip-hop très soigné, les deux acolytes balancent leur musique tout en provocation, violence et autodérision, dommage que la sono ne soit pas au niveau des performances proposées sur scène.

© Christophe Crénel

Face au rock traditionnel de Bring Me The Horizon, on a opté pour la majestuosité et les expérimentations de Grand Blanc. Voici venu le tour de La Femme qui est en réalité un groupe composé d’une majorité d’hommes… La seule présence féminine est celle de Clémence Quelennec, la chanteuse. Au programme, une myriade de sons trippants et deux nouveaux morceaux « Où va le monde ? » et « Mycose » extrait de leur deuxième album « Mystère » qui paraitra dans le courant de la semaine.

Dans cette soirée electro, Edward Sharpe And The Magnetic Zeros intervient comme une parenthèse folk rock bienvenue. Porté par un époustouflant (et le mot n’est pas volé) Alex Erbert, leur concert est un show incroyable, une partie où le chanteur semble prendre presque plus de plaisir que la foule.

Derrière on se dit qu’il sera difficile de faire mieux, mais voilà ça c’était avant d’entendre et surtout de voir la performance de Sigur Ros. Le trio islandais fait flotter des volute envoutantes sur un fond imagé très travaillé et prépare magnifiquement le terrain pour Massive Attack. Les anglais de Bristol arrivent avec le statut de tête d’affiche du festival. Un poids qui n’a vraiment pas semblé pesé sur leurs larges épaules. Un set exceptionnel qui a mis une demi-heure à démarrer avant de plonger la foule en transe, avec en cerise sur le gâteau Tricky en guest-star et un fond visuel futuriste qui a fait le plaisir des festivaliers.

Dimanche

Editors lance notre dimanche. Souvent comparé à leur cousin américain Interpol, ils continuent de prouver un peu plus chaque année que leur son ne doit rien à personne. Gregory Porter en crooner jazz-soul faisait figure de curiosité au programme, et même si le californien n’a pas déçu avec sa voix qui rappelle furieusement Marvin Gaye, on peut s’interroger sur la pertinence de sa présence à Rock en Seine. Derrière, Sum 41 nous fait replonger dans le tourbillon de notre pré-adolescence. Les canadiens ont enflammé la scène avec leurs gros riffs et le charisme du toujours aussi jeune Deryck Whibley. Ici et là quelques pogos éclatent tandis que le chanteur canadien continue de scander « Let’s have some fun, motherfuckers »

© Olivier Hoffschir

© Olivier Hoffschir

Après un mix entre Iggy Pop et Chvrchres, tous les deux décevants, mes pieds me portent à la petite scène de l’Industrie où Aurora se produit. Et là c’est le coup de foudre, une musique avec les tripes et une voix tout en contraste avec la silhouette et la candeur qu’elle affiche dans ses remerciements au public. Avec en point d’orgue, « I went too far » sur lequel la foule se déchaîne.

Foals clôt la soirée sur un bon show, mélange entre les vieux classiques comme « Spanish Sahara » et les singles de leur dernier album « What went down » devant une foule qui ne souhaite pas voir le festival se terminer.

L’édition 2016 a prouvé une nouvelle fois que Rock en Seine était l’un des festivals préférés des français avec une programmation riche et pleine de diversité. On attend avec impatience l’édition suivante