Dans une ambiance festive de vendredi soir, la foule, majoritairement étudiante, déambule entre le bar, la terrasse et la scène. En première partie, Azur assure le spectacle avec des beats bien calibrés qui font démarrer la soirée sur une bonne note.

À 21h30, le concert de Romare débute enfin, nous plongeant dès les premières secondes dans son univers si particulier. La musique est agréablement peu forte pour un set electro, ce qui permet de bien percevoir les nuances et les accompagnements tantôt à la basse tantôt à la flute traversière, et d’apprécier pleinement le talent du jeune britannique. Formé à la guitare et à la batterie, Romare a progressivement cherché à vouloir étendre son horizon musical au-delà de ces capacités instrumentales. L’electro s’est naturellement imposé comme un univers plein de promesses et de challenges à la hauteur de son ambition.

Archie Fairhust de son vrai nom est un adepte des samples disco et house de la fin des années 70. Avec sa démarche longiligne et sa tignasse et moustache d’un autre temps, il semble tout droit sortie d’un environnement hippie des seventies. Sa maîtrise du sampling à l’ancienne et des collages comme sur le morceau « Je t’aime » est déconcertante de facilité.

Ses chansons sont bien plus que des simple remixes. Sur le titre « All night », Romare se livre à un collage ludique sur fond de funk avant de faire exploser ça à coup de synthés et de basse. Il réinvente de nombreuses musiques historiques des États-Unis d’hier et d’aujourd’hui et peut redonner vie et sens à des styles musicaux et à une culture musicale historique riche.

Romare est comme un chef d’orchestre de l’ère numérique, empruntant le batteur de Miles Davis ou les ondulations de voix d’Ella Fitzgerald le temps d’un morceau ou de quelques secondes pour créer sa propre œuvre. Les compositions originales qu’il créé grâce à son inventivité et son exploration des champs musicaux est remarquable. Le morceau « Who to love », premier extrait de son album « Love Songs – Part 2 » offre un aperçu de la palette complète du DJ britannique qui renouvelle les codes de sa discipline comme a pu le faire un DJ Shadow à son époque.

Qui dit vendredi soir, dit grosse ambiance et le public se régale de la tranquille montée en puissance de Romare qui enchaîne son set sans aucuns temps morts. L’homogénéité de son répertoire est un régal, chaque morceau se fondant parfaitement dans le moule pour nous emporter un peu plus loin à chaque fois.

A la manière d’Emancipator pour le downtempo ou de Parov Stelar pour l’electro-swing, Romare est en train de réinventer devant nos yeux ébahis les codes de la house. Si il garde cette curiosité musicale et cette mégalomanie exploratrice, nul doute que ses concerts se dérouleront bientôt dans les plus grandes salles françaises et mondiales.