Rodé pour le dancefloor, Caracal, le deuxième album de Disclosure, lorgne ostensiblement vers la dance, le mainstream et les bandes FM.

Qu’il soit clairement d’électro pop n’est pas un problème en soi, de grands albums mangeant de ce pain-là (In Colour, It’s Album Time, Wonder Where We Land). Mais qu’il nivelle l’inventivité et le savoir-faire de la fratrie Lawrence vers une moyenne qui n’est est pas ce qu’on espère, c’est là que ça cloche.

À peine finie leur première tournée mondiale, retentissante d’un succès impressionnant, Guy et Howard Lawrence, les deux frères de 24 et 21 ans, sont repartis en studio mettre en chemin la production de leur nouvel opus, accompagnés à nouveau de nombreux guests (Lorde, The Weeknd, Gregory Porter, pour les plus illustres). En est ressorti Caracal, album en demi-teinte scindé en deux parties : les 7 premières pistes sont toutes à ce qu’on pourrait appeler leur « projet Coachella », là où les 7 suivantes, une fois le dû commercial accompli, s’écartent de la dance pour trouver une électro moins calibrée. On appelle « projet Coachella » cette musique produite pour les festivals estivaux, en bord d’eaux, pétrie de beats appuyés, de rythmiques caracolantes et d’autres trucs efficaces pour s’assurer une foule dansante. Le type de musique pour le festival Coachella et d’autres ersatz internationaux. Caracal et ses titres comme Holding On, Willing & Able ou Jaded sont de cet acabit : efficace sans être original. On est en droit d’attendre un peu mieux de la part des auteurs de Latch ou Help Me Lose My Mind. C’est donc par un début d’album assez sage que s’ouvre Caracal, en accord finalement avec l’aspect propret des deux auteurs et avec la règle malheureusement dure qu’un succès précédent en appelle forcément à la prudence. On pourrait, à partir de ça, établir deux types de musiciens qui ont connu le succès (même s’il faut bien sûr toujours se méfier de ces schémas) : ceux qui s’assagissent par précaution et ceux qui rompent pour mener leurs auditeurs vers d’autres contrées tout en restant eux-mêmes.

C’est sans compter sur la deuxième partie de l’album qui retrouve l’inspiration de Settle. Des morceaux comme Superego ou Moving Mountains, même s’ils restent dans le genre de la synthpop, côtoie davantage la deep house que de la dance. Usant moins de drop (écoutez la façon dont Echoes désamorce ça), Disclosure retrouve dans les 7 derniers titres plus franchement une composition de chanson, couplets et refrains compris. Au final, l’album abandonne l’héritage garage UK de Settle pour verser davantage dans la house-pop, avec plus ou moins d’inspiration, plus ou moins de liberté.

On connaît tous l’écart entre les albums studios et leur transcendance en live, on peut donc espérer que dans les grandes salles qui accueillent le célèbre duo, les jeux de synthé et de boîtes à rythme trouveront dans le spectacle du live set une relecture plus singulière et grisante que ce que propose l’album seul. Holding On, particulièrement, correspond à ces morceaux que l’écoute, seul chez soi, ne produit pas grand chose d’autre qu’un trémoussement léger de la tête, et qui trouve, sur scène et pris dans la foule, toute une puissance communicative.

Déjà sur les routes de toute l’Europe (Allemagne, Danemark, Pologne, France), Disclosure remplit les salles où il se produit. Ce qui témoigne de la stratégie mainstream de Caracal. Reste à voir, en live, si cette stratégie excède la quantité de la fréquentation pour transformer l’essai en qualité sonore. 

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