Tous les ans, Alex Stevens et Mathieu Fonsny se font alchimistes pour réinventer le festival de Dour. Longuement médité et concocté avec amour, il est toujours à l’image (belge) du bouillonnement musical expérimental actuel et de ses plus belles réussites. Quelles surprises nous réserve l’édition 2016, quels sont les Live à ne pas rater, qui sont les nouveaux prodiges du pays de la bière et comment prononcer les noms les plus surprenants de la programmation ? Rencontre.

 


On fait un petit bilan de l’édition 2015 ?

Alex Stevens : C’était une super édition, avec une fréquentation record, qu’on n’avait jamais eue ! Il n’a plu qu’une fois je crois… (rires). Et puis il y avait la Balzaal (ou scène Red Bull) en plein air qu’on avait changée de place grâce à une super production : je crois que ça a beaucoup marqué les esprits. Quand on arrivait sur un terrain comme ça un peu à la Mad Max, ça faisait vraiment de l’effet : c’était vraiment un gros challenge pour nous et ça s’est super bien passé. En plus on n’a eu aucune annulation, ce qui n’était jamais arrivé non plus ! Même Lauryn Hill était presque à l’heure (rires).

Quel a été le climax de l’édition ?

Mathieu Fonsny : Pour moi, ça a été Niels Frahm, sans aucun doute. J’ai aussi un bon souvenir de Dixon… C’était le premier soir, donc j’ai un peu lâché la pression !

A.S. : J’aurais bien dit Niels Frahm aussi, mais j’étais au concert de Snoop Dogg !

 

D’ailleurs, que s’est-il passé lors de ce concert (Snoop Dogg avait quitté la scène en plein show, sans prévenir, NDLR) ?

A.S. : On ne sait pas trop, on a essayé d’avoir des explications pourtant. Il avait l’air cool. Il a eu envie de partir…

 

Pour cette édition, aviez-vous une idée fixe ou un fil conducteur pour relancer la machine ?

M.F. : Pas vraiment, on a vu que la Balzaal et le Labo avaient bien marché. Et notre fil rouge, c’est d’être à l’écoute de ce que les festivaliers attendent, tout en essayant d’innover. Pas seulement en matière de groupes, mais plutôt d’orientation, d’ambiance générale, d’atmosphère.

 

Avez-vous la volonté de faire mieux chaque année, de faire plus ?

A.S. : Disons que tous les ans, on se remet en cause. Le monde de la musique évolue, le public change, alors c’est comme si on redémarrait devant une feuille blanche à chaque nouvelle édition. Même si en apparence, à part la nouvelle scène qu’on a montée cette année, on reprend les mêmes idées.

 

On peut lire que les journées sont plus « thématiques » cette année, est-ce vraiment le cas ?

M.F. : Les scènes sont plus thématiques.

A.S. : D’abord, c’est plus facile à programmer pour nous. Les artistes se reconnaissent mieux comme ça, ils confirment plus vite. C’est plus simple d’avoir une couleur forte sur chaque scène. Mais surtout, cela permet aux festivaliers de s’identifier davantage dans cette programmation qui est difficile à lire à cause du nombre de scènes et de groupes. Donc quand tu as un bon souvenir dans la Petite Maison Dans La Prairie par exemple, tu regardes le programme et ça te permet de filtrer. Tu peux découvrir des choses que tu aimes plus facilement.

 

Parlez-nous de la nouvelle scène (la Cubanisto Dancing).

M.F. : Justement, on a conclu que le Labo était une réussite, et donc qu’il fallait revenir vers des choses à taille humaine (1 500-2 000 personnes). Ça nous permet de recevoir des artistes qu’on pouvait difficilement programmer sur d’autres scènes. Il nous fallait un nouveau lieu pour exposer ces personnalités-là.

 

C’est un peu comme une ville qui s’étend…

M.F. : C’est pas faux.

A.S. : On a fait un drapeau !

 

En ce qui concerne les Live, avez-vous des inédits cette année ?  

A.S. : Oui, La Colonie de Vacances par exemple. Elle réunit Marvin, Pneu, Electrique Electrique, et Papier Tigre. Ce sont quatre groupes qui jouent en même temps face à face avec des systèmes son différents. C’est une expérience à 360° où les spectateurs sont au milieu. C’est une première pour nous parce que cela demande un réel effort de montage et d’installation.

M.F. : Il y aura aussi One Man Party (ancien batteur de Soulwax, NDLR). Je pense que c’est l’un de ses premiers Live. Il fait un one-man band, c’est une espèce d’homme-orchestre. Alex l’a vu et m’a dit que c’était incroyable.

A.S. : Oui, c’était vraiment un de mes meilleurs concerts l’an passé. Il a quelque chose de tribal, tout en utilisant des sons électroniques.

 

Qu’en est-il de vos exclusivités ?

M.F. : La plupart, ce sont nos têtes d’affiche. Pixies, Sigur Ros, Prodigy, Dj EZ, entre autres. Sinon, ce ne sont pas forcément des inédits mais on a fait une proposition plus world, et c’est dans la masse de propositions que l’on met en œuvre dans ce style-là que se trouve l’exclusivité.

Sur un autre plan, Salut C’est Cool va jouer trois heures tous les jours. On voulait les avoir à nouveau. Au début, on voulait leur faire faire le réveil du camping avec un cours de gym. Mais cette nouvelle scène est apparue, alors on leur a proposé d’en faire une prise d’otage. À vrai dire, on ne sait pas à quoi s’attendre.

A.S. : Il y a autre chose qui est assez incroyable pour nous, c’est d’avoir nos artistes qui restent pendant le festival. Certains ont réservé une place de camping…  

 

Outre Salut C’est Cool, quels sont les artistes qui font partie de la famille Dour et qui seront de retour cette année ?

M.F. : Je pense à Acid Arab. Ça a été une vraie découverte pour nous, on les avait programmés sur la Balzaal l’année passée, ils présentaient leur Live et c’était presque l’émeute ! Cette année, c’est un nouveau Live qu’ils présenteront dans le plus grand chapiteau, ce sont vraiment des artistes qu’on suit, qu’on aime, qui ressemblent au festival. De même pour Fakear, Motor City Drum Ensemble et Floating Points qui avait adoré jouer ici : il voulait venir chez nous et pas ailleurs.

 

À ce sujet, quelle est votre plus grande fierté dans les grands noms de la programmation ?

A.S. : Je pense que c’est Sigur Ros. Mais Prodigy, cela faisait dix ans qu’on voulait les avoir. On est aussi ravis d’accueillir les Pixies, Underworld et Richie Hawtin qui se produit rarement en festival.

 

Et par quels moyens avez-vous convaincu Surfing Leons (pseudonyme de Mathieu Fonsny, l’un des deux programmateurs, NDLR) de jouer chez vous (rires) ?

M.F. aka Surfing Leons : J’ai dû coucher (rires).

 

C’est comment de jouer dans son propre festival ?

M.F. aka Surfing Leons : Historiquement, j’y ai joué plusieurs fois. Mais quand j’ai commencé à travailler pour le festival il y a 3 ans, il y avait conflit d’intérêt. Jusqu’à ce qu’une carte blanche soit donnée à Buraka Som Sistema : ils m’ont invité. Il y a eu d’autres occasions par la suite, et lorsque la Cubanisto Dancing est arrivée, ça s’est fait naturellement. C’est un petit format qui me plaît, et le line-up correspond bien à l’évolution de mon collectif.

A.S. : Tout s’organise très simplement : si je ne le sentais pas je le lui dirais, mais on avait très envie de le faire. La première fois qu’il a mixé, j’ai fait un crowd surfing !

M.F. aka Surfing Leons : C’était un hommage émouvant.

A.S. : Il est sensible, il faut qu’on change de sujet sinon il va craquer (rires).

 

Dans ce cas, quels sont vos coups de cœur persos cette année ?

A.S. : Mdou Moctar.

M.F. : Le Motel. C’est le projet solo d’un beatmaker.  Ici, il a fait des collaborations avec Roméo Elvis et Yellowstraps notamment. Cette fois-ci, il jouera deux fois sur la même scène : une fois avec les rappeurs et l’autre en solo. On s’est rendu compte qu’on écoutait beaucoup de sons qu’il faisait. C’est un mec de chez nous et il atteint vraiment un très haut niveau, donc c’était évident qu’il fallait le faire venir.

Et dans un autre registre, il y a une artiste qui s’appelle Amélie Lens, qui est un peu la Nina Kraviz belge, elle est en train d’exploser. Elle fait de la techno très dure, proche du Berghain. Je pense qu’elle est à l’aube de quelque chose de grand.

 

Vos élus sont tous belges !

A.S. : Il faut dire qu’il se passe de bons trucs du côté de chez nous (rires) !

 

Vous prenez un malin plaisir à programmer des artistes aux noms imprononçables. Est-ce que vous pouvez filer un coup de main aux futurs festivaliers qui nous lisent ?

M.F. : « Shashasha » (SHXCXCHCXSH), « Joze » (Jauze), « Vingt ssil et Mister J Meideros » (20syl & Mr. J. Meideros), « Horror » (Ho99o9), « Aune » (HONNE).  

A.S. : Il nous arrive de faire des blagues à nos techniciens. Ils se retrouvent dans de vraies galères pour communiquer à travers leur talkie-walkie. Ou alors on leur file deux groupes qui s’appellent « coma », l’un avec un c et l’autre avec un k, le même jour sur la même scène.

 

Y a-t-il une chanson qui pourrait être l’hymne de Dour, qui a marqué son histoire ?

A.S. : Pour moi c’est le « Wo hou woh ho » (« Je vais à Rio ») de Claude François. C’était mon premier Dour, la Cannibal Stage existait déjà en tant que scène métal et je ne bossais pas encore pour le festival. Ils avaient programmé un cover band de Claude François et c’était bondé de barbus tatoués qui pogotaient au ralenti et faisaient du stage diving. Le manager en manteau de fourrure indiquait au groupe de continuer à jouer en échange de quelques billets en leur murmurant à l’oreille, et  les claudettes changeaient de tenue sans cesse, le tout devant 5 000 personnes qui n’ont pas arrêté d’entonner cet air pendant presque deux heures.

 

Une image iconique du festival ?

A.S. : J’ai toujours la même. Vitalic sur la Last Arena il y a longtemps, quand elle était de l’autre côté du site. Il y avait un mec en chaise roulante qui se faisait porter par la foule, et c’est pour ça qu’on fait ces événements-là : ce sont des images comme celle-ci que l’on retient.

M.F. : Je pense à des moments d’une intensité exceptionnelle initiés par des artistes comme Boys Noize, Chromeo… On a des photos dans le bureau.

À quoi ressemblera Dour en 2050 ?

M.F. : Il y aura 17 scènes, ça s’étendra sur 3 régions…  

A.S. : Le festival durera 10 jours… On n’annoncera pas la programmation. Le festivalier pourra la découvrir au jour le jour, sur le tas. Le jour où l’on réussit à faire ça, je crois qu’il faudra admettre qu’on a réussi à créer quelque chose. Le plus important pour nous, c’est la relation de confiance qu’on instaure avec le public. On ne veut pas le décevoir et, parcequ’il est exigent, ça nous pousse à aller toujours plus loin.

Découvre le review du Dour Festival 2015


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