À tout juste 22 ans, Georgio dévoilera Bleu noir en octobre prochain, un album entièrement financé par le crowdsourcing, chose rare dans le milieu du rap. On y retrouvera “Héros”, un titre à la mélancolie juvénile avec lequel le jeune rappeur donne le ton de son premier opus. L’échange avec le public est sincère, si bien qu’on dirait que c’est le rêve d’une grande famille qui se concrétise sous nos yeux.

Après son concert aux Eurockéennes, Georgio nous a parlé de ses débuts prometteurs et de son rapport à la scène.

Georgio est un projet solo mais il y a du monde avec toi sur scène. Tu peux nous parler de ton équipe ?
Sur scène, on est un peu comme un groupe. Il y a Sanka qui est un backeur – c’est un peu comme un soutien, quelqu’un avec qui il y a de l’interaction, un MC. Il appuie les fins de phrases. On s’est rencontrés à 12 ans, quand on était en sport-études.
Il y a aussi deux Djs parce qu’on a des machines, des boites à rythmes comme des MPC, et on rejoue les prods en live. Tout est découpé : les samples, les beats,  etc. Il y a donc Diabi, qui fait aussi des prods (cf. A L’Abri, NDLR). On s’est rencontrés sur internet.

… C’est-à-dire (rires) ?
C’est marrant. En fait quand j’avais dix-sept ans, j’allais sur les fan pages de mes artistes préférés (du rap un peu sombre), et j’ajoutais sur Facebook tous les gens qui y laissaient des commentaires pour leur dire “J’ai vu que tu écoutais ça, regarde j’ai sorti mon premier clip, ça pourrait peut-être te plaire”. Et j’avais ajouté Diabi dans ce cadre-là. Quand il s’est mis à me faire des prods, il m’a envoyé une instru. Il devait être 3h du mat’. À 5h, j’avais écrit un morceau. Le lendemain à 14h, il était enregistré. Il m’a proposé de mixer le morceau. Je me suis dit que j’avais rencontré un mec déter comme moi alors je lui ai suggéré de mixer l’ensemble de mon projet : ça nous faisait de l’expérience à tous les deux et on ne s’est pas lâchés depuis.
L’autre Dj c’est Little Rooster, qui est un peu plus vieux que nous. Il scratchait et on avait un pote en commun.
Donc on se connaît tous depuis 2011, on se considère comme des frangins, on se dit toujours tout. C’est vraiment la famille.

Georgio - Divan du Monde - 8/11/2014

Georgio – Divan du Monde – 8/11/2014

Tu as un album en préparation…
La différence avec mes EP c’est que les textes sont mieux travaillés. Chaque mot, chaque virgule, chaque rime… C’est comme un coup de poing sur la table. C’est entièrement assumé, pesé et je pense que pour les instrus c’est pareil. Je fabrique encore plus d’univers. Et puis on avait plus de moyens donc les mix sont plus forts. De par le fait qu’il y ait plus de titres, que ce soit mieux écrit, je pense qu’il y a plus de moi dans cet album. Plus de vie. Ce n’est pas prétentieux, c’est vraiment le sentiment que j’ai.  

Tu as réalisé Bleu Noir avec l’aide de tes fans, est-ce que ça te met plus de pression ?
J’essaye de ne pas y penser. Tu sais, je pense que quand tu calcules trop ce que les gens attendent de toi, c’est la meilleure solution pour faire des choses qui ne leur plaisent pas. Evidemment, j’espère que ça va leur plaire. Mais j’ai fait ce que j’aimais faire, et ce que j’ai toujours fait jusqu’à présent…

Pourquoi “Bleu Noir” ?
C’est un morceau de l’album mais ça ce n’est pas important. Le truc c’est que j’aime beaucoup mettre des couleurs et des ambiances sur les morceaux. Il y en a que tu écoutes le soir, de nuit, seul ; et d’autres qui s’écoutent dans le métro, quand tu marches dans la rue par exemple. “Malik”, pour moi il est vert. “Héros”, il est blanc.
L’album dans sa globalité, je voulais qu’il soit bleu-noir. Un peu sombre. L’été dernier j’expliquais ça à un pote avec qui je prenais un verre, et il m’a dit “Voilà, tu l’as le titre de l’album !”

Les concerts, ce sont des arcs-en-ciel.

Alors le concert d’aujourd’hui, il était de quelle couleur ?
Les concerts, ce sont des arcs-en-ciel. “Héros” est pâle, “Saleté de rap” aussi. Le freestyle est rouge. Le premier morceau, issu de Soleil d’Hiver, il est vert. Tu vois, il y a plein de couleurs différentes.

En effet, tu as produit un EP qui s’appelle Prisme
Oui, mon tout premier projet s’appelait “Une nuit blanche pour des idées noires”. Pour À L’Abri c’était différent. C’étaient les premiers moments où je prenais un peu d’argent avec le rap, je voyais que ça se concrétisait, que j’allais peut-être pouvoir en vivre – ou que j’en survivais, nuance. Je suis retourné à la couleur avec Bleu Noir.

Si tu devais choisir un autre festival que celui-là, où rêverais-tu de jouer ?
Je ne les connais pas assez. Mais pour sa programmation et sa renommée je dirais Coachella. C’est cool ça ! Mais c’est très ambitieux, et en plus je ne parle pas un mot d’anglais…

Tu as fait la première partie de 1995 et de Fauve, est-ce que tu aimerais mettre un artiste en avant pendant ta tournée toi aussi ?
Je ne suis pas encore assez “gros” pour pouvoir présenter des premières parties. Si je pouvais, j’aimerais bien pouvoir donner un coup de pouce à un artiste que j’aime mais ce n’est pas au programme. Le premier artiste que je choisirais ce serait Sanka mais après il serait mort pour moi donc… (rires).

Pour toi, “Music sounds better live” ?
Ça dépend. Moi, j’ai deux contextes préférés pour écouter de la musique. La voiture, mais il faut être seul ou avec des gens qui ne parlent pas ! Ou alors seul chez soi. Le soir, dans les deux cas.


Prochaines dates