Superpoze a dévoilé en avril dernier son premier album. Huit titres monochromes au caractère intime qui semblent pourtant ouvrir sur de grands espaces. Entre contemplation et affirmation, Opening a quelque chose de commun avec l’aube que l’on ne saurait expliquer.

A l’occasion du festival de Dour, le jeune caennais, Superpoze, nous en a dit plus sur son évolution et sur son approche du live.

© Sophie Jarry

© Sophie Jarry

Tu nous racontes ton premier concert en tant que Superpoze ?

C’était dans une petite galerie d’art à Caen, qui n’existe plus. Il y avait des expos, de la musique indé, on y allait souvent. C’était pour le vernissage d’une pote à moi qui s’appelle Elsa, j’ai trouvé ça cool !

Le live fait autant partie de mon processus créatif qu’avant mais il est passé après la composition. Je peux le jouer de mille manières différentes, c’est perfectible, mais c’est super.

C’est vraiment un truc qui te plaît la scène ?

Oui, en fait sur mes premiers EP, qui étaient plus hip-hop, plus breakés, la scène c’était complètement évident. C’était avant les morceaux, je les faisais presque pour jouer sur scène. Et là, sur l’album (Opening, NDLR), c’est vraiment différent, je ne l’ai pas du tout pensé live. J’ai pensé studio. C’était une phase où je n’allais pas voir de concerts. J’avais besoin de calme et j’écoutais des albums très doux chez moi. J’avais envie de faire ça, et une fois que j’ai eu l’album entre les mains, j’ai pensé à comment j’allais le jouer en live. Le live fait autant partie de mon processus créatif qu’avant mais il est passé après la composition. Je peux le jouer de mille manières différentes, c’est perfectible, mais c’est super.

Qu’est-ce qu’il te renvoie, ton public ?

Avec cet album, j’ai appris à avoir un public qui ne danse pas mais qui est dedans. J’aime voir les gens “dedans”. J’ai fait un concert à La Maroquinerie en mai, c’était complet et j’étais très angoissé avant. J’ai joué et les gens ne bougeaient pas! Je me suis dis “qu’est-ce qui se passe ?” Et dès que je baissais la musique, il y avait une espèce d’ovation. J’enchaîne les morceaux sur ce live et en fait, les gens étaient concentrés.

En effet, on a peu l’impression d’être comme sur une autoroute, la nuit…

Même si mon live n’est pas techno, j’ai été influencé par ce principe, qui est de construire des cycles. Rentrer sur des autoroutes oui, ça va tout droit, et une fois que tu es assis tu peux rester pendant des heures.

 

 

 

 

Du coup à Dour, tu comptes le jouer comment ?

Tout seul avec mes machines, en essayant à la fois de garder l’ambiance assez intime et calme de l’album et de construire une dynamique “techno”.

Il y a une différence entre jouer le jour et jouer la nuit ?

Oui, énorme. Surtout maintenant, parce que j’ai un jeu de lumières très travaillé, qui fait partie du live. C’est très important, parce que c’est un spectacle. Sans lui, ça n’aide pas à rentrer dans cette autoroute ! Là, j’ai besoin d’un truc plus introspectif.

Il paraît que tu n’aimes pas danser ?

Si, moi j’aime danser. Mais ce n’est pas ce pourquoi je fais de la musique. D’ailleurs j’ai énormément dansé il y a deux semaines au Worldwide festival à Sète!

Pourquoi “Opening” ?

C’est le nom du morceau qui ouvre l’album au même titre que cet album ouvrira sur mes prochains opus. C’est le début. Mais sans renier ce qu’il y a eu avant. Je sens que cet album-là c’est un peu un statement.

C’est quoi le moment idéal pour l’écouter ? Tu l’écoutes toi ? 

Non, t’imagines (rires)! Je l’ai écouté une fois pour préparer mon live. Sinon… le matin tôt, ou le soir tard. Dans le lit, ou dans la voiture ça doit marcher.

On a tous des images quand on écoute de la musique, mais sur la mienne, si j’en ai, c’est que le morceau est fini. S’il me renvoie une image, c’est qu’il existe en tant que morceau, qu’il a pris un sens.

Quand tu composes, tu penses juste musique ?

Oui, c’est ce que j’essaye d’expliquer. On a tous des images quand on écoute de la musique, mais sur la mienne, si j’en ai, c’est que le morceau est fini. S’il me renvoie une image, c’est qu’il existe en tant que morceau, qu’il a pris un sens. Je cherche des belles mélodies, des sons qui me touchent. Si ça me peint un tableau, je me dis “ok, là j’y touche plus”.

Il y a des trucs qui te branchent dans la programmation de Dour cette année ?

Nils Frahm que j’ai vu récemment, Jon Hopkins, George FitzGrald

Tu écoutes des trucs honteux de temps en temps ?

En fait même les trucs que j’écoute qui sont qualifiés comme “pas bons”, si je les écoute c’est que je les trouve bons, donc j’assume! Il y a un morceau que j’ai toujours écouté, c’est “Suga suga” de BabyBash. Mais tu vois, c’est de la bombe! Sinon, “Toxic” de Britney Spears, c’est un bête de morceau. Donc non, j’écoute que des bons trucs (rires) !

Ton meilleur souvenir sur scène ?

C’est compliqué… Dour en 2013, la première année où je l’ai fait. C’était la première fois que je jouais dans des gros festivals. Je n’avais jamais vu autant de monde devant moi pour écouter ma musique, j’ai halluciné. C’était le début, j’étais ému.

Et le pire ?

Une fois j’ai fait la première partie d’une chanteuse française, et ça n’a pas du tout marché… Son public n’avait rien à voir avec le mien. J’ai essayé, mais je n’étais pas très bien après le concert. J’avais le sentiment que les gens n’avaient pas compris ce que je faisais. Ca fait un peu de peine d’avoir l’impression d’avoir fait un beau vase en terre cuite, et que les gens pensent que c’est un gobelet en plastique !

En tant que spectateur, quels sont les concerts qui t’ont marqué ?

Il y en a deux. Le premier c’est celui de James Blake au Worldwilde festival, avec la mer derrière et tout le monde assis… C’était fou. J’étais aussi resté scotché il y a deux ans, au Pukkelpop, devant le show des XX. J’étais passé devant, j’ai vu que ça commençait, j’ai adoré les lumières alors je me suis arrêté. C’était pas nécessairement ce que j’écoutais le plus, mais je suis devenu un fan absolu après ce concert. Quand j’ai regardé ma montre c’était déjà la fin !

On dit que les DJ ne parlent jamais sur scène, qu’est-ce que tu répondrais à ça ?

Avant, je parlais beaucoup. Mais ça dépend de la musique. C’est toujours une histoire de mood. En l’occurrence, je suis sur cette autoroute de 30 minutes, j’essaye de créer quelque chose d’atmosphérique.

Il y a un milliard de bruits qui me plaisent, mais je les aime quand ils sont ensemble.

Ton bruit préféré ?

Je ne peux pas dire “j’aime ce son là”, j’aime les harmonies. Il y a un milliard de bruits qui me plaisent, mais je les aime quand ils sont ensemble.

Tu nous parles d’une oeuvre qui te plaît, en dehors du domaine musical ?

C’est marrant parce que dans toutes les interviews récentes où j’ai parlé de mon album, il y avait deux types de personnes: celles qui me disaient que j’avais fait un album super dark, et d’autres qui me disaient qu’il était lumineux et apaisé. Et il y a des gens qui comprennent que c’est les deux. Je parle de ça parce que la première fois que j’ai vu des toiles de Soulages, cette histoire de lumière qui ressort mieux dans le noir m’a parue évidente.

Music Sounds Better Live est avec @superpoze_ au @dourfestival #Dour2015 #Doureuuuh #Superpoze #Opening

Une photo publiée par Music Sounds Better Live (@musicsbl) le

J’aimerais pouvoir ranger mes vinyls les uns à côté des autres. Je voudrais qu’il y ait une cohérence, une narration. Faire de la musique longtemps.

Un idéal de carrière ?

Je n’ai pas un modèle de carrière. Mais j’ai la volonté de faire plein de disques, qu’ils soient différents les uns des autres. J’aimerais pouvoir ranger mes vinyls les uns à côté des autres. Je voudrais qu’il y ait une cohérence, une narration. Faire de la musique longtemps.

Je pense que la musique c’est mieux en studio. C’est moins bien en live.

Pour toi, “Music sounds better live” ?

Je pense que la musique c’est mieux en studio. C’est moins bien en live. Peut-être pas tous genres confondus. Mais pour la musique électronique j’en suis sûr, parce que depuis les années 1970 on n’a pas évolué sur ce que l’on propose aux gens dans les concerts. A Woodstock il y avait une scène avec deux grosses enceintes et des gens en face, et en 2015 c’est toujours pareil. Je ne trouve pas ça normal. On perd trop de choses. Je préfère écouter un disque que d’aller à un concert, mais ce n’est qu’une période…