En première partie, nous voilà face à Jim & Sam, partenaire sur scène comme à la ville. Ils possèdent en plus de leur mélodies folk charmantes et d’une complicité musicale évidente, un redoutable sens de l’humour. Entre chaque morceaux, les deux artistes amusent le public en performant de petits sketchs humoristiques avec naturel et les répliques grinçantes ne cessent de pleuvoir. Jim déclare qu’ils vont maintenant jouer leur morceau le plus déprimant, qui sera toujours 10 fois plus joyeux que tout les morceaux de William Fitzsimmons !

Après quelques minutes de pause, la silhouette de William Fitzsimmons apparaît progressivement alors qu’il monte l’escalier menant à la scène. Dès les premières notes de « Everything has changed », on est captivé par la mélancolie profonde qui sourde de la musique du natif de Pittsburgh.

Pourtant dès la chanson terminée, il fait preuve d’une grande jovialité et se moque de sa capacité à transformer chaque morceau qu’il touche en mélo dramatique et dépressif. En effet, pour les chansons optimistes, il faudra repasser. Mais au niveau des ballades tristes et émouvantes, on est gâté.

Les morceaux de son nouvel album « Mission Bell », paru à l’automne trouve une résonance particulière dans l’acoustique feutrée des Trois Baudets. Le remarquable « 17 + forever « , évocation d’une adolescence douloureuse émeut autant fait mal. L’accompagnement délicat à la guitare ou au piano de sou nouvel acolyte.

« Centralia » est un hommage à ces villes fantômes qui hantent l’Amérique industrielle, tel Pittsburgh où à grandi William Fitzsimmons, évocation lyrique et désabusée d’une époque révolue. S’en suit une version remodelée et raccourcie de « Afterall », un de ces titres phares, qu’on ne peut s’empêcher de trouver un peu décevante.

Avec « Angela », William Fitzsimmons évoque ses démons intérieurs, sa peur de la solitude et la séparation douloureuse avec son ex-femme qui l’a forcé à se reconstruire et l’a poussé à déménager à Nashville. La force de sa musique réside dans sa franchise et sa capacité à évoquer des sujets personnels et durs, qui révèlent les douleurs de la vie et la fragilité des choses.

Travaillant sur un nouvel opus, William Fitzsimmons nous livre une de ces toutes premières nouvelle chanson « Christian Lovers ». La mélodie est plus enlevée et dynamique, et elle préfigure sûrement la transformation musicale qui s’opère chez l’artiste américain. Trop court pour vraiment jugé mais plutôt prometteur pour la suite. Il nous dévoile également « Astronaut », qui évoque à la fois la musique de Greg Laswell et celle Noah Gundersen mais surtout les envolées musicales de Bon Iver à ses débuts.

Pour le dernier morceau, William Fitzsimmons rappelle Sam & Jim à ses côtés et ils nous interprètent une rafraîchissante version folk de « Learning to fly », du mythique groupe de rock progressif Pink Floyd.

On aura passé une soirée émotionnelle avec William Fitzsimmons, et on ressort même avec un timide sourire aux lèvres, comme si la musique du chanteur folk américain avait dépassé nos peines et nos difficultés, pour nous laisser régénéré et avide de renaître. Une expérience unique et transcendante pour un artiste définitivement à part.